Ce matin au réveil, ces deux mots pour un nouvel article : « pulsions contraires ».
Au premier abord, le titre m’a franchement embarrassée car la pulsion évoque principalement pour moi le plan psychanalytique avec une forme d’animalité que tout homme est plus ou moins enclin à maîtriser.
À ce propos, dans la théorie freudienne, il s’agit du mouvement de l’inconscient qui pousse un individu à agir pour réduire une tension psychique.
Dans la foulée, j’ai repensé au film Pulsions de Brian de Palma, avec le légendaire Michael Caine, une histoire sur fond d’érotisme et de meurtre.
Quel rapport ces premières réflexions pouvaient-elles bien avoir avec l’univers de la construction, du montage d’opérations immobilières, de l’hôtellerie, de l’architecture, de l’expérience utilisateur, ou de l’assistance à maîtrise d’ouvrage ? Bien plus que ce que je pensais à première vue.
Car en recherchant l’étymologie du mot pulsion, le Dictionnaire de l’Académie Française m’a indiqué que ce nom féminin était issu du latin pulsio, « action de pousser, repousser », lui-même dérivé de pellere, « mettre en mouvement, pousser ».
Que sa définition première, bien que vieillie, marquait l’action de pousser.
Et qu’en physique, il s’agissait de « la propagation du mouvement dans un liquide ou un gaz ».
C’est sous le champ lexical de la physique que ce mot m’est apparu vraiment intéressant dans le regard que je peux porter à l’univers des projets immobiliers.
Car c’est exactement ce que je fais dans mon métier : tenir l’espace pour que différentes forces, différentes pulsions, se propagent et effectuent leur mouvement naturel, sans s’annuler.
Tenir ensemble des forces qui ne vont pas dans le même sens
En tant qu’assistante à maîtrise d’ouvrage, je suis celle qui conjugue et tient les pulsions contraires :
- l’architecte veut du beau ;
- le promoteur veut du rentable ;
- l’hôtelier veut du fonctionnel ;
- le client veut du confort ;
- la ville veut du patrimoine.
Cette liste se veut intentionnellement réductrice par simple effet de rythme de mon texte.
Ainsi, je me situe au milieu, au carrefour de toutes ces pulsions, avec pour rôle sous-jacent d’assurer cette intégration permanente des pulsions des uns et des autres à l’intérieur de l’opération, sans chercher à ce que tout le monde soit d’accord mais à ce que toutes les pulsions s’imbriquent parfaitement les unes aux autres, comme les pièces d’un puzzle.
Une identité forte pour accueillir toutes les unicités
Et c’est exactement la même chose dans un hôtel, dans la mesure où il accueille une multitude de pulsions contraires :
- le businessman pressé qui veut de l’efficacité ;
- le couple en lune de miel qui veut de l’intimité ;
- la famille qui veut de l’espace ;
- le voyageur solo qui veut du silence.
Un hôtel qui essaie de plaire à tout le monde finit par ne plaire à personne.
Mais un hôtel qui sait ce qu’il est, les valeurs et le positionnement qu’il porte, peut accueillir toutes ces pulsions contraires, sans se perdre, parce qu’il a une âme, une identité, et… un seuil qui ouvre sur son univers tout entier (petit clin d’œil à mon article : Kekkai : le seuil, premier acte de l’expérience hôtelière).
Un hôtel peut donc avoir une identité claire, sans ambages, tout en accueillant une multitude de besoins et de personnalités différentes.
Dans son unique universalité, il accueille chaque unicité. Il devient intégrateur, incubateur d’unicités.
Mon rôle d’assistante à maîtrise d’ouvrage est exactement le même : encadrer le projet, tenir l’espace pour que chaque acteur – architecte, promoteur, hôtelier, urbaniste, entreprise – puisse exprimer sa pulsion sans annihiler celle des autres.
Les projets qui échouent sont ceux qui tentent de résoudre les pulsions contraires en en supprimant une.
Les projets qui réussissent sont ceux qui les agrègent et les tiennent, toutes, en même temps, avec clarté, et sans compromis mou.